L’ÉVOLUTION CONTRASTÉE ET PARADOXALE DES COURS DES ENGRAIS

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Le Financial Times a mis en lumière le retournement spectaculaire du marché mondial de l’urée depuis – et même avant – la fin des hostilités dans le Golfe persique. Le cours de l’urée (principal engrais azoté) s’est brutalement inversé, avec une baisse de l’ordre de 50% par rapport à son pic d’avril, où le cours frôlait les $920 la tonne pour retomber autour des $475, soit leur niveau d’avant-guerre. Les engrais phosphatés, par contre, ont échappé au krach, leur cours n’ayant bondi « que » de 10% dès le printemps.

Ce recul massif s’explique par deux facteurs majeurs datant de ce début d’été :

1. Une « destruction de la demande » : Pris de court par l’explosion des prix au printemps, les agriculteurs (notamment dans l’hémisphère nord) ont tout simplement réduit leurs achats ou modifié leurs assolements au profit de cultures moins gourmandes en azote (comme le soja). Cependant, la chute a été freinée par le fait que les pays de l’hémisphère nord avaient procédé à leurs achats d’engrais avant que le conflit n’éclate tandis que ceux de l’hémisphère sud ne procèdent que bien plus tard à leurs achats d’engrais.

StoneX estime que l’utilisation mondiale d’azote a reculé d’environ 5%. Or, 50% de la production mondiale, tous produits agricoles confondus, dépend des engrais azotés dont le principal est l’urée. Les cours ont beau avoir baissé, le mal est déjà fait.

2. L’anticipation de la paix : Les marchés à terme ont immédiatement intégré l’apaisement des tensions au Moyen-Orient et les espoirs d’accord diplomatiques, faisant chuter les cours avant même que la logistique maritime ne soit pleinement rétablie dans le détroit d’Ormuz.

En revanche, cette baisse a deux visages. Pour les économistes de la FAO, ce reflux de 50% n’est pas forcément un signe de parfaite santé du marché, mais plutôt le reflet d’un coup de frein de la production agricole qui fait peser un risque sur les rendements des prochaines récoltes.

De plus, ce krach ne concerne pour l’instant que l’azote : les engrais phosphatés restent très chers en raison du coût du soufre. La moitié du marché mondial de ce produit transite par le détroit d’Ormuz.

Bien que moins exposés géographiquement que l’azote, les phosphates (DAP) et la potasse (MOP) ont vu leurs cours bondir de 10% au printemps. Ce renchérissement s’explique par le doublement du prix du soufre et de l’ammoniac, deux intrants indispensables à leur fabrication.

IMPACT POUR LES EXPLOITANTS

La répercussion sur le terrain est sévère pour les exploitants. Au Maroc, par exemple, les engrais importés ont enregistré des hausses de 40 à 60% selon la nature des formules (les nitrates de phosphate et le magnésium ayant particulièrement souffert).

Aux États-Unis, pour tenter d’amortir le choc sur les exploitations face à des coûts de fertilisation devenus intenables à l’approche des récoltes, le gouvernement a dû suspendre temporairement certaines taxes douanières sur les engrais phosphatés importés dont, particulièrement, ceux du Maroc.

Malgré le début de stabilisation géopolitique, la Banque mondiale et l’IFPRI estiment que le retour à des flux normaux prendra de longs mois. L’indice global des engrais devrait afficher une hausse moyenne supérieure à 30% sur l’ensemble de l’année 2026, maintenant une forte pression sur les marges des agriculteurs.

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