Un projet de rupture : Production d’engrais verts sans énérgie fossile

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Le projet Villeta de la société britannique Atome Plc vise à s’affranchir totalement des énergies fossiles pour la production de nutriments agricoles. C’est, à n’en pas douter, un véritable projet de rupture au moment où la crise d’Hormuz désorganise le marché des fertilisants.

Traditionnellement, la fabrication des engrais azotés repose sur le reformage du gaz naturel – ou reformage à la vapeur, en anglais Steam Methane Reforming – pour obtenir de l’hydrogène, un procédé très émetteur de CO2. La plupart des engrais azotés sont produits par la combinaison d’hydrogène dérivé du gaz naturel avec le nitrogène présent dans l’air pour obtenir de l’ammoniac. Le nouveau fertilisant vert utilisera l’hydrogène extrait de l’eau grâce à de l’électricité verte.

Le projet d’ATOME bascule sur un modèle 100 % vert :

  • Électrolyse de l’eau pour obtenir de l’hydrogène vert, en utilisant l’électricité issue du fleuve Paranà
  • Séparation cryogénique de l’air pour capter l’azote atmosphérique.
  • Synthèse d’ammoniac vert puis transformation finale en solution de nitrate d’ammonium calcaire (CAN 27), un engrais granulaire très stable plébiscité par les agriculteurs.

Une localisation géographique stratégique

Le site industriel est implanté à Villeta, au Paraguay. Ce choix ne doit rien au hasard et répond à une logique d’arbitrage de coûts très fine :

  • L’accès à l’énergie de base (baseload) : L’usine est directement alimentée par le barrage d’Itaipu. Disposer d’une électricité hydroélectrique continue, stable et parmi les moins chères au monde permet de faire tourner les électrolyseurs en continu (contrairement au solaire ou à l’éolien intermittent), éliminant ainsi le besoin de subventions étatiques pour être rentable.
  • La proximité du marché cible : Le Paraguay est au cœur du Mercosur (proche des géants agricoles brésilien et argentin), une région qui importe actuellement plus de 90 % de ses engrais azotés.

Une question d’environnement et de sécurité alimentaire

Le gaz naturel représentant la partie la plus importante du coût de production de l’ammoniac, il provoque une hausse considérable des prix agricoles. Privé du quart à un tiers de la production azotée transitant par le détroit d’Hormuz, le marché des engrais azotés subit une flambée des prix qui risque de se transformer en choc alimentaire mondial.

L’engrais vert d’Atome n’est pas seulement un remède à la crise de l’environnement, il est aussi une réponse à une potentielle crise de la sécurité alimentaire mondiale. En effet, l’Amérique latine, un des principaux greniers de la planète importe la moitié de ses engrais azotés des pays du Golfe. On comprend l’importance stratégique de l’implantation de l’usine d’Atome au Paraguay en plein Mercosur. Elle devrait libérer à terme l’Amérique latine de la fragilité des deux principales régions de production d’azote : la Russie et les pays du Golfe.

Les derniers développements financiers (Printemps 2026)

Le projet vient de passer du statut de concept à celui de réalité industrielle. Un consortium financier international de premier plan vient de boucler le tour de table :

  • Décision Finale d’Investissement (FID) : Formellement approuvée pour un montant global de $ 665 millions.
  • Financement par dette ($420 millions) : Porté par des institutions de développement majeures comme la Société Financière Internationale (IFC – Groupe Banque Mondiale), la Banque Européenne d’Investissement (BEI via EIB Global), la FMO néerlandaise et le Fonds Vert pour le Climat.
  • Financement par capitaux propres ($245 millions) : Mené par Hy24, le plus grand gestionnaire mondial de fonds d’infrastructure dédiés à l’hydrogène propre.
  • Construction et commercialisation : Le contrat de construction clés en main (EPC) de $ 465 millions a été confié au groupe suisse Casale. Côté débouchés, un accord d’achat ferme (offtake) sur 10 ans a déjà été signé avec le géant norvégien Yara International.

L’usine devrait entrer en exploitation commerciale d’ici 2029, avec une production cible de 260 000 tonnes d’engrais bas-carbone par an, permettant d’éviter l’émission de 500 000 tonnes de CO2 par an. C’est un véritable cas d’école de ce que la biotechnologie et l’ingénierie moderne peuvent apporter à la souveraineté alimentaire et à la transition climatique.

Source : Wall Street Journal

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