LES DÉGÂTS AGRICOLES EN CASCADE DE LA GUERRE EN IRAN

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La guerre du Golf persique bouleverse l’ensemble de la chaîne de valeur de la production agricole mondiale. Elle a coupé l’accès aux carburants et aux engrais, mettant en danger la sécurité alimentaire mondiale et le niveau de vie des populations.

Condamnés à réduire l’utilisation des engrais, les fermiers- surtout les plus pauvres- serait dommageable pour les rendements et créerait des pénuries qui aggraverait la famine dans les pays pauvres, aux dires des Nations-Unies.

La région du Golfe est devenue un producteur majeur d’engrais. Un tiers du commerce mondial des engrais transitait par le détroit d’Ormuz. Les pays du Golf ont exporté pour $ 50 milliards d’engrais azotés depuis 2020. La pénurie d’engrais a provoqué la flambée des prix des intrants et la recherche effrénée de nouvelles sources d’approvisionnement.

Les dégâts collatéraux

Le Golf n’est pas la seule région affectée par la guerre. La production d’engrais est en difficulté dans toutes les régions productrices d’engrais. En effet, la guerre provoque une baisse et une flambée des cours du gaz, principal ingrédient des engrais azotés. L’Inde et le Bangladesh ont réduit leur production et l’Europe est sous pression.

Les engrais azotés contribuent à la moitié de la production alimentaire mondiale. La réduction de l’utilisation des engrais produira inévitablement une baisse des rendements et une flambée des cours agricoles couplée à un choc de production.

Les dégâts ne s’arrêtent pas à la production d’engrais. Le pétrole fait rouler les tracteurs, le gaz chauffe les serres. Différents carburants font circuler à travers le monde des navires transportant des produits agricoles. Le pétrole sert aussi à fabriquer des plastiques utilisés pour l’emballage des aliments, sans compter la fabrication des cartons.

Toutes les machines agricoles qui sèment, récoltent, pulvérisent risquent d’être immobilisées à cause de la hausse des cours du pétrole. De nombreux producteurs de riz en Asie songent à sa plantation à cause de la hausse des prix des engrais et du pétrole.

Inflation alimentaire

La perturbation de la circulation maritime entraîne une hausse des coûts du transport et un allongement des délais de livraison des céréales et des oléagineux. La hausse des cours du pétrole entraîne un accroissement de la demande de diesel et de biodesel et donc un détournement important des produits agricoles – soja, colza, mais – utilisés pour fabriquer ces bio-carburants au détriment de l’alimentation humaine et animale.

Alors que les prix des aliments avaient commencé à baisser après le pic atteint en 2O22 au moment de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, voilà qu’ils repartent à la hausse depuis mars. La FAO est pessimiste pour les mois à venir. En effet, les pénuries provoquent des hausses à retardement.

Le pouvoir d’achat des Américains et des Européens, selon de nombreux économistes, va baisser d’ici Noël. En Grande-Bretagne, on s’attend à une inflation alimentaire de 10% dans les prochains mois. En mars, elle s’élevait déjà à 3,7%.

La guerre du Golf aura évidemment un fort impact politique et économique. L’inflation pourrait obliger les banques centrales aux baisses des taux d’intérêt indispensables pour relancer la croissance. Quant aux pays pauvres où l’alimentation représente une part importante des revenus, ils sont exposés au risque de soulèvements populaires semblables aux « Printemps arabes ».

Selon la FAO, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont parmi les pays les plus exposés à cette crise alors que dans les pays riches, les agriculteurs peuvent compter sur le soutien de leurs gouvernements.

On estime que 45 millions de personnes supplémentaires rejoindraient la cohorte des populations déjà affamées. Le PAM (Programme alimentaire mondial) n’hésite pas à évoquer la possibilité d’une catastrophe alimentaire.

 

Source : Wall Street Journal

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