L’URINE HUMAINE COMME REMÈDE À LA CRISE DES FERTILISANTS

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La fermeture du détroit d’Ormuz – par lequel transite un tiers des engrais azotés – a provoqué une pénurie de fertilisants azotés dont les cours ont grimpé en flèche. Le prix de l’urée a bondi, en moyenne, de 45% en quelques semaines. Pour faire face à la rareté et à la hausse des prix, les agriculteurs du monde entier sont condamnés à trouver des solutions alternatives dont des intrants à base de déchets et de produits microbiens. Face à cette vulnérabilité logistique et énergétique l’agriculture s’est tournée vers l’économie circulaire. La demande de biofertilisants et de biostimulants a, certes, explosé, mais ce n’est pas suffisant. Une des alternatives les plus originales est le recours à l’urine humaine que des startups collectent dans les écoles et les festivals pour la transformer en engrais microbien.

La crise devrait se prolonger et ses effets sur le cours des engrais et les rendements et la baisse de la production agricoles devraient se faire sentir jusqu’en 2027. Selon la FAO, les cours des engrais, toutes catégories confondues, ont augmenté de 33% plongeant 45 millions de personnes supplémentaires dans la détresse nutritionnelle. En avril, le prix de l’urée a atteint $ 710 la tonne, son plus haut niveau depuis 2022. Le prix de l’urée égyptienne a augmenté de 90%, atteignant le prix de $ 940 la tonne.

Nécessité faisant loi, les agriculteurs sont condamnés à se tourner vers des engrais qu’ils jugeaient jusqu’alors moins fiables que les intrants chimiques. En Malaisie, certains producteurs de lait utilisent les déchets d’élevage pour nourrir des vers qui enrichissent l’herbe que broutent les vaches. Les biofertilisants, considérés jusque-là très chers et de qualité inégale, connaissent un regain de demande. L’Union européenne encourage le recours à des engrais biologiques et des digestats, un déchet issu de la production de biogaz. Ces solutions de fortune ont de fortes chances de s’imposer de façon durable.

Le coût de ces solutions alternatives est généralement moins élevé que celui des engrais conventionnels. Elles réduiraient de 50% le recours aux engrais chimiques et leur prix serait, en moyenne, inférieur de 20% à celui de ces derniers. La tonne de fiente de poulet se négocie à $ 13 !

Engrais biosourcés issus du recyclage des déchets

On en dénombre quatre catégories.

1. Les digestats de méthanisation (alternative à l’azote)

Le digestat est le résidu organique riche en nutriments issu de la production de biogaz (méthanisation anaérobie de déchets).

  • Les sources : lisier et fumier d’élevage, restes alimentaires et résidus de cultures.
  • L’intérêt en 2026 : comme on l’a vu, l’Union européenne les encourage en remplacement directement de l’urée grâce à leur forte teneur en azote ammoniacal.

2. La struvite et le recyclage des eaux usées (alternative au phosphate)

La struvite est un minerai de phosphate hydraté d’ammonium et de magnésium.

  • Les sources : les boues d’épuration des eaux municipales et industrielles.
  • L’intérêt en 2026 : alors que l’accès au soufre du Golfe la fabrication des phosphates classiques (DAP/TSP), la struvite s’impose comme un engrais phosphaté à libération lente hautement performante. Elle permet de recycler le phosphore contenu dans les déjections humaines.

3. Le compostage avancé des biodéchets (restructuration des sols)

Le retour massif au compostage à grande échelle des fractions organiques des déchets solides ménagers et des déchets verts est devenue une priorité de nombreuses régions.

  • L’intérêt en 2026 : Au-delà de l’apport en NPK (Azote, Phosphore, Potassium), ces composts améliorent la structure du sol et augmentent son efficacité en rétention des nutriments.

4. Les cendres de biomasse (alternative à la potasse)

  • Les sources : Résidus de la combustion de bois, de paille ou de sous-produits agro-industriels dans les centrales de cogénération.
  • L’intérêt en 2026 : Très riches en carbonate de potassium et en oligo-éléments, ces cendres sont réutilisées en épandage pour combler les carences en potasse sans dépendre des circuits d’importation saturés.

L’urine humaine

Très en vogue, elle est souvent désignée sous le terme de péécycle. Ce qui était une pratique marginale est devenu un axe de recherche et d’industrialisation accéléré par la crise du détroit d’Ormuz. L’urine humaine est une mine d’or pour l’agriculture : elle contient 80% de l’azote (N), 50% du phosphore (F) et 60% du potassium (K) que nous rejetons, le tout sous une forme directement assimilable par les plantes.

L’urine séduit en 2026 parce que :

  • Elle a un profil NPK idéal : l’urine pure est un engrais complet, particulièrement riche en azote. À l’échelle mondiale, l’urine produite par l’humanité permettrait de remplacer une part substantielle des engrais azotés de synthèse.
  • Elle est une ressource locale et gratuite : contrairement aux engrais minéraux, l’urine présente l’avantage d’être partout où il y a des êtres humains.

Les techniques de transformation industrielle

On ne se contente plus d’épandre de l’urine pure pour des raisons de logistique et d’odeur. Plusieurs technologies se développent :

  • La séparation à la source : des startups conçoivent des toilettes innovantes dites « séparatives » : le flux d’urine est isolé dès le départ des matières fécales et de l’eau de la chasse.
  • La stabilisation et la concentration : l’urine est composée à 95% d’eau. Pour pouvoir la transporter, des procédés de nitrification biologique ou d’évaporation alcaline permettent de stabiliser l’azote et de réduire le volume pour obtenir un concentré liquide ou des granulés secs.
  • L’extraction de struvite : en précipitant le phosphore et l’azote de l’urine à l’aide du magnésium, on obtient des cristaux de struvite, un engrais sec et inodore.

Des projets concrets à travers le monde

  • En France : l’entreprise Toopi Organics met sur le marché des biostimulants à base d’urine humaine collectée dans les festivals, les stations-services ou les bâtiments publics. Par ailleurs l’éco-quartier Saint-Vincent-de-Paul à Paris a été conçu pour intégrer des toilettes « séparatives ».
  • Aux États-Unis : le Rich Earth Institute mène des recherches à grande échelle et approvisionne les fermes du Vermont en engrais issus d’urine humaine pasteurisée.
  • En Suède : des chercheurs de l’Université suédoise des sciences agricoles (SLU) ont créé une startup (Sanitation 360) qui transforme l’urine en granulés directement utilisables dans les épandeurs agricoles.

Les obstacles majeurs

Bien que prometteuse, la filière se heurte à deux défis :

  • Les micropolluants : l’urine contient des résidus de médicaments, d’hormones ou d’antibiotiques. Les procédés industriels doivent intégrer des étapes de filtration (comme les filtres à charbon ou des traitements thermiques).
  • Le verrou psychologique : l’acceptation par les agriculteurs et le grand public (l’effet « beurk »).

Ne pas crier au miracle

Cependant, il ne faudrait pas crier au miracle ou croire que ces solutions vont enterrer l’usage des engrais chimiques. Ces substituts ne sont pas encore fiables et peuvent même se révéler contre-productifs. Ainsi, la tentative du Sri Lanka de passer entièrement, en 2021, aux engrais biologiques a provoqué une baisse importante de la production de thé et de riz.

La mise à niveau est difficile. Les agriculteurs ont du mal à changer leurs pratiques en matière de fertilisation des sols. Et les faits leur donnent souvent raison. Ainsi, les microorganismes peuvent être emportés loin des racines par l’eau. Et les producteurs de fertilisants à base de déchets ont du mal à suivre la demande. Certains affichent complet jusqu’en 2028 alors que les producteurs d’engrais à base d’urine humaine peinent à s’approvisionner.

Les producteurs d’engrais synthétiques sont et resteront garants de la sécurité alimentaire mondiale malgré leur impact sur l’environnement. Les chocs d’offre passés, comme lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ont montré la dépendance de l’agriculture vis-à-vis de ces engrais. Ils ont toujours retrouvé leur place, une fois passées les crises.

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