L’alimentation et l’agriculture sous les feux de la géopolitique

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Aucun pays ne peut subvenir seul à tous ses besoins alimentaires. Le système alimentaire mondial est tributaire d’un réseau complexe d’aliments, d’intrants, de nourriture pour bétail, de logistique, de conflits régionaux ou mondiaux et de circuits commerciaux. Même les plus gros pays exportateurs, à un moment ou un autre, peuvent souffrir d’une rupture dans leur chaîne d’approvisionnement, du changement climatique, d’un conflit …qui se répercuteront sur l’alimentation mondiale. La Chine dépend du pétrole iranien, le Brésil des importations de fertilisants, etc. Condamnés à réduire leurs exportations ils accentuent la volatilité du marché mondial des aliments. La géopolitique a brutalement surgi dans le monde de l’agriculture.

L’intrusion de la géopolitique est un élément-clé du XXIème siècle alors qu’elle était considérée comme extérieure à l’agriculture. Aujourd’hui elle est un déterminant direct des prix, des approvisionnements, des choix de cultures et de la sécurité alimentaire.

La Fao vient d’ailleurs de consacrer son rapport, State of Agricultural Commodity Markets 2026, à cette question. Le commerce  agricole mondial a été multiplié par cinq entre 2000 et 2024 . Mais cette intégration rend aussi les systèmes alimentaires plus exposés aux conflits, aux crises commerciales et autres chocs.

L’agriculture devient un instrument de puissance

Nous assistons à une course au contrôle des ressources indispensables pour produire, transporter et commercialiser les aliments. Sont particulièrement l’objet de convoitises et de conflits autour de six ressources : les terres et l’eau, les engrais, les semences et la génétique,, l’énergie, les routes maritimes et les ports et les marchés et les monnaies. Un agriculteur peut subir les effets de ces conflits à des milliers de kilomètres de chez lui.

Les engrais sont emblématiques de ces bouleversements

Le système mondial des engrais est extrêmement concentré. Pour l’azote, il faut du gaz naturel. Pour le phosphore, les ressources minières sont très concentrées. La potasse est dominée par quelques grands producteurs.

La Chine a fortement réduit ses exportations d’engrais azotés en 2024-2025 pour privilégier son marché intérieur. La Rusie et la Biélorussie sont des acteurs majeurs de la potasse, mais leurs exportations sont affectés par les sanctions.

Ainsi, la souveraineté alimentaire commence en partie par la souveraineté sur les intrants.

L’Ukraine, révélateur de la vulnérabilité du système alimentaire

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a montré comment deux pays relativement périphériques en matière agricole, ont pris une dimension démesurée sur les marchés mondiaux du blé, du maïs, de l’huile de tournesol et des engrais. Elle a surtout montré l’importance des routes commerciales. L’agriculture dépend autant des terres cultivées que des ports des détroits et des navires.

Dernier exemple en date : le détroit d’Ormuz

Les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont affecté simultanément l’énergie, les engrais et le transport maritime. La FAO estime que le détroit concentre environ 35% des exportations mondiales de pétrole brut, 20% du GNL et une partie importante des engrais et du soufre. L’onde de choc de la guerre se transmet au pétrole et au gaz, puis aux coûts de production agricoles, à des rendements plus faibles et, enfin, des prix alimentaires plus élevés.

État des lieux régional

  • La Chine. Elle devient un puissant producteur sans devenir un grand exportateur. Elle est, en effet, un gigantesque importateur de soja, maïs, viande, produits laitiers, huiles végétales, aliments pour animaux. Malgré grande capacité de production, elle est condamnée à trouver les moyens d’assurer ses approvisionnements. Il ne suffit plus de produire, encore faut-il pouvoir s’approvisionner.
  • Les États-Unis et la Chine : le soja américain nourrit le bétail chinois. Le soja est un élément important de la guerre tarifaire sino-américaine. Une cargaison de soja peut devenir un instrument diplomatique.
  • L’Europe est elle aussi confrontée à cette nouvelle donne géopolitique. Elle est à la fois une puissance agricole, un grand exportateur, un grand importateur et dépendante de certains intrants et ressources. Son commerce agro-alimentaire atteint des niveaux records : 188,6 milliards d’euros d’importations en 2025 pour un excédent commercial de 49,9 milliards. Mais, derrière ces échanges cachent une fragilité géopolitique en matière d’autonomie stratégique, de sécurité alimentaire et d’intérêts contradictoires des agriculteurs.
  • L’Afrique est le continent qui subit le plus de dégâts des bouleversements géopolitiques. Une grande partie de l’Afrique est simultanément importatrice de céréales, d’engrais d’énergie, utilisatrice de transports maritimes tout en subissant les dégâts des fluctuations monétaires. Le continent est donc exposé à plusieurs chocs en cascade : énergie, fret, engrais, coûts de production et des engrais, baisse des rendements, hausse des importations, dégradation de la balance commerciale. C’est un cercle géopolitique vicieux. Mais l’Afrique possède des atouts stratégiques pour prendre la voie de sa souveraineté alimentaire.
5 – 6 octobre 2026, Africa Seed Summit 2026
Précedent 5 – 6 octobre 2026, Africa Seed Summit 2026
Suivant OCP a conclu un accord stratégique pour la fourniture de 3,8 millions de tonnes d’engrais personnalisés au Brésil.