LE POULET, VIANDE EMBLÉMATIQUE DE LA MONDIALISATION ALIMENTAIRE

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Le poulet fait un triomphe mondial. Il est devenu la viande la plus mondialisée devant le porc et le bœuf alors qu’il y a moins d’un demi-siècle, il n’était élevé que pour la production d’œufs avant qu’on ne découvre que sa viande était facile à produire, à vendre et convenait à toutes les traditions culinaires, à toutes les cultures et à toutes les religions. Les fast-foods ont fait le reste avant qu’il ne soit aujourd’hui vanté pour la qualité de ses protéines. Le nombre de poulets élevés et abattus dans le monde est passé de 48,3 milliards en 2006 à 76,2 milliards en 2023, soit, pour ce dernier chiffre, 105 millions de tonnes de viande prête à consommer. Cependant, l’extraordinaire croissance de cette production pourrait être quelque peu freinée par les problèmes éthiques et environnementaux.

Ces facteurs expliquent ce triomphe :

  • Prix relativement bas :
    le poulet a un cycle de production très court. Quelques semaines suffisent pour obtenir un poulet de chair. Les antibiotiques ont permis de le faire grossir rapidement et de raccourcir le cycle de production, provoquant un effondrement des prix.
  • Adaptabilité culturelle :
    contrairement au porc ou au bœuf, le poulet fait l’objet de peu d’interdits religieux. Très versatile, le poulet se consomme de mille et une façons et est compatible avec quasiment toutes les traditions culturelles et religieuses.
  • Image nutritionnelle :
    le poulet, notamment le blanc, est généralement perçu comme une viande relativement maigre et riche en protéines, atout majeur à un moment où ces dernières connaissent un engouement mondial.
  • Urbanisation et développement des classes moyennes :
    dans de nombreux pays émergents, le poulet est devenu la première viande accessible lorsque les revenus ont commencé à augmenter. Les habitudes alimentaires n’évoluent pas vite, mais on a vu le poulet passer du statut de nourriture marginale en 1930 à celui de produit de consommation quotidienne.
  • Industrialisation ultra-rapide de la filière :
    sélection génétique, élevage intensif, abattage et chaîne du froid ont fait chuter les coûts. Le poulet présente l’avantage de pouvoir être facilement découpé et est quasiment entièrement consommable.
  • Mondialisation de la production et du commerce :
    quelques grands producteurs et exportateurs alimentent aujourd’hui une grande partie du marché mondial. Les plus gros exportateurs sont le Brésil, avec 4,8 millions de tonnes de chair de poulet en 2024, les États-Unis avec 3,15 millions et, en Europe, la Pologne avec 1,21 million et les Pays-Bas avec 1,06 million. Parmi les principaux importateurs figurent notamment la Chine avec 0,93 million de tonnes et le Mexique avec 1,05 million. La production mondiale a augmenté de 2 % par an ces deux dernières décennies, contre 3 % aujourd’hui.
  • Accroissement de la demande aussi bien dans les pays riches que dans les pays émergents :
    la demande mondiale augmente, notamment grâce à la hausse du prix du bœuf, à l’engouement pour les produits protéinés et à la multiplication des fast-foods. Que l’on songe que KFC, la chaîne mondiale de fast-food spécialisée dans le poulet pané, compte 13 454 points de vente en Chine !
  • Les préoccupations de sécurité et de souveraineté alimentaires :
    par sa facilité de production et son bas coût, le poulet répond bien à ces deux préoccupations. Les pays du Moyen-Orient, et particulièrement l’Arabie saoudite, ainsi que ceux d’Asie du Sud-Est investissent fortement dans la filière poulet. La production évolue du global au local. En Afrique, la croissance démographique, l’urbanisation et l’augmentation de la consommation de protéines animales font du poulet un produit stratégique. Cependant, l’importation de poulets congelés à bas prix peut mettre en difficulté les élevages locaux.

Les limites d’une croissance débridée

Est-ce à dire que la production de poulets continuera à augmenter sans frein ? Rien n’est moins sûr. L’élevage industriel du poulet a créé un milieu où les maladies comme la grippe aviaire se développent très vite. Par ailleurs, si le poulet émet évidemment moins de gaz à effet de serre que le bœuf, les quantités produites commencent à devenir inquiétantes. En Grande-Bretagne, un tribunal a interdit la construction d’un élevage au prétexte que le fumier de poulet n’était pas un sous-produit recyclable mais un déchet.

Les défenseurs de la cause animale, eux, dénoncent les conditions de l’élevage en batterie qu’ils ont baptisées frankenchicken. Ils ne sont pas entendus uniquement par la justice. Il arrive que l’opinion publique se mobilise, comme en Croatie où elle a réussi à faire avorter un mégaprojet d’élevage ukrainien.

Le triomphe mondial du poulet est un rare exemple de convergence de l’agriculture, du commerce international, de la nutrition, de l’environnement, de la sécurité alimentaire et de la géopolitique. Mais il est probable que cette industrie doive se renouveler, particulièrement en matière d’aménagement de l’espace et de nouvelles techniques industrielles plus « éthiques ».

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