L’INVISIBLE DÉCLIN DE LA QUALITÉ NUTRITIONNELLE DE NOS ALIMENTS

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Des études comme celles de Donald Davies aux États-Unis ou de l’ANSES en France sont unanimes, la plupart de nos aliments (fruits, légumes, céréales) contiennent aujourd’hui, par rapport au demi-siècle passé, moins de vitamines et de minéraux comme le calcium, le fer, la vitamine C ou la vitamine B2. Les baisses de concentration peuvent aller de 10 à 50% selon les variétés. Les responsables de ce désastreux phénomène : la pollution au dioxyde de carbone et la course au rendement.

La concentration de carbone dans l’atmosphère due aux énergies fossiles a changé la façon dont les plantes croissent, entraînant un accroissement de leur contenu en sucre et une baisse des nutriments essentiels dont le zinc.

La dégradation de la qualité de nos aliments causera une famine cachée : la population pourra consommer la même quantité de calories mais vides de leurs nutriments essentiels au bien-être. Si les pays riches disposent de moyens pour contourner cette déficience, il n’en va pas de même pour les plus pauvres. Une étude de la revue Nature démontre qu’au milieu du siècle un milliard de personnes supplémentaires pourrait souffrir d’anémie causée par les carences en fer coupables de complications des grossesses, de croissance et même de morts.

Les méfaits de l’appauvrissement en nutriments

On estime que les troubles du système immunitaire liés à une carence en zinc sont à l’origine de près d’un demi-million de décès d’enfants supplémentaires chaque année, dus à des maladies généralement traitables, telles que la diarrhée et la pneumonie. Selon une étude clinique portant sur plus de 10 000 grossesses, les femmes souffrant d’anémie sévère ont sept fois plus de risques de présenter des hémorragies potentiellement mortelles pendant l’accouchement, et leurs bébés sont plus exposés à des problèmes de santé.

En 2018, une étude de Nature Climate Change portant sur 150 pays a essayé de montrer comment la pollution au dioxyde de carbone bouleverserait les carences alimentaires. Elle a démontré qu’en 2050, 175 millions de personnes souffriraient de problèmes dus aux carences en zinc et 122 millions de déficiences en protéines.

Dans les pays riches, les populations peuvent échapper à ces carences en mangeant plus de viande ou en prenant des compléments alimentaires ou des produits enrichis en vitamines ou minéraux. Mais ce ne sont là que des expédients

La meilleure façon de corriger les effets de la « dilution des vitamines » est de diversifier les régimes alimentaires pour que les carences d’un aliment soient compensées par la richesse d’un autre.

Les politiques gouvernementales ont leur rôle à jouer. Ainsi, selon le Washington Post, quand le gouvernement indien a décidé de subventionner le riz et la farine, on a assisté à une chute importante de la consommation du sorgho et du millet qui eux ont beaucoup moins souffert de la pollution au CO2 ! Les gouvernements devraient encourager les cultures les plus nutritives plutôt que celles qui sont les plus rentables. Et, évidemment, la solution ultime consisterait à réduire nos émissions de gaz carbonique.

Les causes de la déperdition nutritionnelle

Elles sont au nombre de trois :

  1. Le rendement à tout prix : L’agriculture moderne sélectionne des variétés de plantes pour leur croissance rapide, leur résistance aux maladies et leur rendement à l’hectare. Or une plante qui pousse deux fois plus vite ou qui produit des fruits plus gros n’a biologiquement pas le temps de fabriquer ou de puiser autant de micronutriments proportionnellement à sa taille. Le sucre et l’eau augmentent mais les minéraux sont dilués.
  2. La vie et l’épuisement des sols : L’utilisation intensive d’engrais chimiques (principalement le trio Azote-Phosphore-Potassium) ou NPK nourrit la plante pour qu’elle grandisse mais néglige souvent les complexes microbiens du sol. Les champignons microscopiques (mycorhizes) qui aident normalement les racines à absorber le zinc, le magnésium ou le cuivre sont moins actifs dans un sol surexploité. Si le sol s’appauvrit en micro-éléments, la plante en contient moins.
  3. Les circuits logistiques et la cueillette avant maturité : Une grande partie des vitamines (notamment la vitamine C) se synthétise dans les derniers jours de maturation au soleil. Pour voyager sur de longues distances, les fruits sont souvent cueillis verts. Ils mûrissent dans des entrepôts ou dans les camions, développant leurs pigments mais pas leur plein potentiel en vitamines. De plus, leur stockage prolongé dégrade rapidement les vitamines sensibles à la lumière et à l’air.

Le changement climatique

Il joue un rôle important à travers l’augmentation de dioxyde de carbone (CO2) dans l’air. Ce mécanisme qualifié de « dilution par le carbone » modifie la biologie même des plantes.

  1. L’effet Junk Food du CO2 élevé : Ceux qui s’opposent aux efforts visant à réduire les émissions de carbone affirmant que le dioxyde de carbone est « la nourriture des plantes ». Mais sans une augmentation correspondante de l’absorption des minéraux, les plantes ne sont pas en mesure de produire davantage de protéines, d’acides et d’autres molécules qui les rendent nutritives. Il en résulte que les cultures ont le potentiel de pousser plus gros et plus vite et de produire des rendements plus élevés, mais chaque bouchée d’aliment contiendra plus de sucre et moins de nutriments qu’auparavant.
    Cependant, l’absorption de minéraux par les racines ne suit pas ce rythme accéléré. Résultat : la plante produit plus de biomasse, mais sa concentration en nutriments essentiels chute. Des études à grande échelle, notamment à Harvard, montrent que lorsque les cultures sont exposées aux niveaux attendus d’ici 2050, on observe des baisses significatives :

    • Le zinc et le fer diminuent de 5% à 10% dans le blé, le riz, le soja et le maïs.
    • Les protéines chutent également de 5 à 8% dans ces mêmes cultures céréalières de base.
    • Entre 1988 et 2040, la concentration de zinc déclinerait de 40% dans les pois chiches
  1. La perturbation de la transpiration végétale : Pour absorber les minéraux du sol, les plantes comptent sur le flux d’eau qui monte de leurs racines vers leurs feuilles, poussée par la transpiration. Or, lorsqu’il y a beaucoup de CO2 dans l’air, la plante ferme partiellement de petits pores situés sur les feuilles (les stomates) pour éviter de perdre trop d’eau. En se fermant, la plante transpire moins, ce qui ralentit le mouvement de l’eau de l’eau du sol vers le haut. Les minéraux solubles comme le calcium et le magnésium ont alors beaucoup de mal à grimper jusqu’aux feuilles et aux fruits.
  1. Le stress thermique et hydrique : les vagues de chaleur et de sécheresse répétées modifient la structure chimique des plantes. Sous un stress thermique intense, une plante cherche d’abord à survivre, elle ferme ses circuits, sa photosynthèse ralentit et elle consomme ses propres réserves d’énergie. Les fruits et les grains récoltés après un été de canicule extrême affichent des profils nutritionnels dégradés par rapport à une année climatique normale.
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