I. DÉFENSE ET ILLUSTRATION DE L’INTERCONNEXION DES 3 PILIERS DE ONE HEALTH
Le concept « Une seule santé » est une approche multisectorielle et collaborative qui intègre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes. Ce modèle est viable. Un modèle viable est un modèle qui, en plus d’être théoriquement solide, est à la fois pratique et applicable, notamment dans des contextes réels. Enfin reste la question de la durabilité environnementale. La durabilité environnementale signifie simplement la préservation à long terme de notre écosystème, de la biodiversité et de l’environnement, au bénéfice des générations présentes et futures.
À partir de ces trois termes clés, l’approche « Une seule santé » constitue un modèle viable pour atteindre la durabilité environnementale. En effet, cette approche favorise la convergence et la pensée systémique nécessaires à la résolution de la plupart des défis complexes et interdépendants auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.
Prenons par exemple le problème du changement climatique, la perte de biodiversité des écosystèmes et la dégradation des sols. Ce ne sont pas des problèmes isolés ; ils n’existent pas de manière isolée. Ce sont des problèmes intégrés. Et nous avons besoin de solutions à la fois complexes, simples et intégrées pour les résoudre. Or, le plus souvent, les solutions proviennent d’une pensée cloisonnée ou de disciplines travaillant de manière isolée.
De ce fait, de nombreuses interventions s’avèrent inefficaces. L’approche « Une seule santé » représente une solution concrète, certes non miraculeuse, mais qui s’est révélée efficace pour résoudre une grande partie de ce problème. Par exemple, la déforestation perturbe l’écosystème et contraint la faune sauvage à se rapprocher des humains.
Ce qui, de ce fait, accroît également le risque de zoonoses et de transmission de maladies à l’homme. C’est là un exemple clé qui démontre que grâce à une véritable réflexion collaborative et systémique, nous pouvons relever certains des défis complexes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Par ailleurs, l’approche « Une seule santé » a prouvé son efficacité, même dans la réalité.
Le conept « Une seule santé » est préventif
Par exemple, nous disposons de publications et d’exemples d’application du concept « Une seule santé » dans des pays comme le Kenya, où cette approche a permis de contrôler la rage, ainsi que dans des pays comme la République démocratique du Congo, où elle a également été utilisée pour lutter contre l’épidémie d’Ebola. Ces expériences ont démontré l’efficacité de cette approche. Lorsqu’elle est mise en œuvre efficacement grâce à la collaboration des principaux acteurs et des disciplines clés, elle peut véritablement produire les résultats escomptés. Enfin, il convient de souligner que le concept « Une seule santé » est avant tout préventif.
Il a été contesté à maintes reprises que des sommes considérables soient été allouées à la gestion de maladies ou d’épidémies. Or, au lieu de gérer ces maladies, nous pourrions les prévenir. Prenons l’exemple de la COVID-19 : les dépenses consacrées à sa gestion, qui atteignent près de 14 000 milliards de dollars, auraient pu être évitées grâce à une approche globale de la santé, telle que « One Health », mise en place pour prévenir une épidémie et une propagation d’une ampleur mondiale.
De plus, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a également indiqué que l’approche « Une seule santé » pourrait être utilisée pour lutter contre la résistance aux antimicrobiens, un des principaux défis mondiaux actuels. Selon les projections, d’ici 2050, environ 10 millions de vies humaine pourraient être mises en danger et près de 10 millions de décès pourraient être imputés à cette résistance. L’approche « Une seule santé » apparaît comme une solution importante pour résoudre ce problème.
Certains critiques disent que le concept « Une seule santé » est complexe, et c’est tout à fait exact. La complexité fait partie intégrante de la réalité.
Cela nous indique simplement qu’il est nécessaire de rechercher une pensée intégrée et diversifiée pour relever ces défis complexes et interdépendants. Par ailleurs, certains pourraient affirmer que l’application de ces concepts ne se traduit pas toujours en pratique, ce qui souligne l’importance de la convergence. En effet, il ne s’agit pas d’une solution miracle et la collaboration de différentes disciplines est indispensable. Sans cette collaboration, les résultats escomptés ne seront pas au rendez-vous.
Le développement durable et l’approche « Une seule santé » partagent un fondement essentiel : la pensée systémique. Ils utilisent tous deux la même approche. Comment « Une seule santé » contribue-t-elle à la durabilité environnementale ? Il a déjà été démontré qu’elle prévient les zoonoses grâce à la protection des écosystèmes.
Elle a déjà permis de réduire la résistance aux antimicrobiens grâce à l’utilisation d’antibiotiques. Elle améliore la durabilité des pratiques agricoles, par exemple en recourant aux cultures intercalaires ou en favorisant la biodiversité. Son adoption par des organisations de haut niveau comme l’OMS ou la FAO lui confère une grande légitimité.
Des études de cas concrets ont démontré que cette approche s’intègre parfaitement à l’amélioration de la qualité de l’eau, à la lutte contre les maladies et au renforcement de la surveillance. Elle permet de réaliser d’importantes économies. Par exemple, elle incite à éviter l’utilisation de produits chimiques polluants pour l’air.
Elle cible les causes profondes des problèmes environnementaux car « One Health » préfère la prévention à la correction. Concernant la durabilité environnementale, nous sommes convaincus que les sciences environnementales sont essentielles. On constate d’ailleurs une augmentation du nombre de défenseurs de l’utilisation des biopesticides.
Nous prenons en compte ces aspects environnementaux car nous constatons l’utilisation de pesticides chimiques qui introduisent des toxines. Par ailleurs, nous ne négligeons pas l’environnement grâce à l’utilisation de méthodes de lutte biologique, notamment l’action de micro-organismes pour contrôler, combattre ou dépolluer les systèmes environnementaux. Ainsi, l’environnement n’est pas oublié.
L’approche « Une seule santé » inapplicable en Afrique ?
L’approche « Une seule santé » est donc véritablement scientifiquement viable, tournée vers l’avenir et, en plus d’être viable, elle est durable. Je pense que l’approche « Une seule santé » peut certes constituer un modèle viable pour atteindre la durabilité environnementale, mais elle est insuffisante. Elle ne suffit pas, notamment pour lutter contre le changement climatique et les problèmes climatiques mondiaux actuels, qui ont déjà entraîné des pertes humaines, comme en témoignent les récentes inondations. Par ailleurs, on ne peut pas penser que l’approche « Une seule santé » puisse être mise en œuvre avec succès dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, qui se trouvent majoritairement en Afrique.
Pourquoi ? Parce que, certes, nous pouvons préserver la santé humaine, mais la santé animale et les écosystèmes, leur maintien et leur préservation, nous coûteront aussi énormément. Et, comme le dit le proverbe, ensemble on va plus loin, mais seul on va plus vite.
Comment envisager la mise en œuvre du concept « Une seule santé », par exemple au Maroc et dans les pays africains ? Cela pourrait-il prévenir des problèmes comme le changement climatique ? Le concept « Une seule santé » repose sur le principe que tous les secteurs et toutes les disciplines sont interconnectés.
On ne peut pas se focaliser sur un seul aspect et négliger le reste. L’approche « Une seule santé » affirme que la santé humaine, animale, végétale, des sols, des écosystèmes et environnementale sont toutes interdépendantes. Si l’on se concentre uniquement sur les problèmes d’un secteur, les autres seront négligés alors qu’ ils sont intimement liés.
Prenons l’exemple de l’agriculture. Si une maladie affecte une culture, il faudrait trouver une solution ayant un impact positif sur la santé à tous les niveaux : la culture, les animaux qui s’en nourrissent, l’écologie et, enfin, la santé humaine. L’approche « Une seule santé » repose sur le principe que si l’un de ces piliers s’effondre, c’est tout le système qui s’écroule.
L’approche « Une seule santé » apprécie la complexité car elle reflète la réalité. Concernant la fragmentation des données, il s’agit d’un défi universel dans les systèmes complexes. Nous agissons de manière probabiliste, dans l’espoir d’aboutir à une conclusion.
L’approche « Une seule santé » est un modèle intégré, préventif et adopté à l’échelle mondiale, bien qu’encore en évolution. En conclusion, « Une seule santé » n’est pas seulement un modèle viable pour atteindre la durabilité environnementale ; c’est une nécessité, et c’est le meilleur résultat que nous ayons obtenu jusqu’à présent. Nous devons donc y croire.
Une approche complexe mais perfectible
Le fait d’avoir un cadre de travail pour un modèle en cours d’élaboration n’en remet pas en cause la viabilité. Cela montre simplement qu’il est en développement. Certes, l’approche « Une seule santé » n’est pas parfaite, et là n’est pas la question.
Est-ce le modèle le plus viable dont nous disposons pour parvenir à une durabilité environnementale dans un monde complexe et interconnecté ? Nous pensons que oui. Certes, il présente certaines faiblesses. L’approche « Une seule santé » a ses faiblesses et sa mise en œuvre est perfectible, mais il s’agit d’une question transitoire.
Comme pour les politiques climatiques, leur mise en œuvre a été lente, mais elles se sont intensifiées et ont donné de bons résultats. Certes, il n’existe pas encore d’indicateurs unifiés, mais une normalisation est en cours d’élaboration, notamment par l’OMS et la FAO, ce qui est un progrès considérable. La coordination est trop complexe.
La complexité n’est pas un défaut. Elle reflète les réalités du monde. Les modèles simples échouent car ils ignorent les interconnexions. C’est comme un puzzle à multiples paramètres : il faut les prendre en compte tous, de manière synchronisée.
Ils doivent être synchronisés pour que le système tout entier ne s’effondre pas. Certes, il est difficile de prouver la causalité, mais c’est le cas pour tous les systèmes complexes, car ici, nous nous basons sur une approche probabiliste que nous transformons en preuves. Abordons maintenant la question des silos de financement.
L’approche « Une seule santé » influence déjà les modèles de financement intégrés des programmes de santé mondiale. L’équipe qui la défend a démontré qu’elle repose sur trois piliers fondamentaux :
- Elle correspond à la réalité., l’objectif de One Health n’est pas de simplifier la réalité, mais de la refléter ;
- Elle est efficace dans la pratique : il a déjà été prouvé que cette approche réduit les zoonoses et la résistance aux antimicrobiens grâce à des stratégies intégrées et à la surveillance en conditions réelles mise en œuvre par l’OMS et la FAO,
- Enfin, le concept « Une seule santé » s’attaque aux causes profondes, et non aux symptômes. Nous privilégions la prévention au traitement.
Nous convenons que les indicateurs sont insuffisants, mais ils sont en cours d’élaboration. Comme je l’ai dit précédemment, cela montre que le modèle est en développement et en constante évolution, et ne signifie pas qu’il n’est pas viable. Quant à la coordination, elle est trop complexe. Ce n’est pas un défaut.
« Une seule santé » protège l’environnement et la biodiversité
De nombreux pays ont adopté le concept « Une seule santé ». Au Zimbabwe, et même dans certaines régions d’Afrique du Sud, ils ont progressé grâce à ce concept en élaborant des directives nationales en matière de biosécurité afin de garantir l’implication de tous, sans laisser personne de côté, et en veillant à ce que même les acteurs du secteur environnemental soient pleinement impliqués. Nous sommes donc convaincus qu’il s’agit d’un modèle viable pour parvenir à un développement durable.
Concernant les problématiques environnementales, nous constatons la présence de nombreux pathogènes environnementaux ayant potentiellement acquis une forme de résistance aux antibiotiques auprès de pathogènes humains. C’est pourquoi nous utilisons désormais des outils comme la métagénomique. La métagénomique nous permet de mieux comprendre les mécanismes à l’origine des pathogènes présents dans l’environnement.
Nous pouvons désormais effectuer une surveillance génomique grâce à des technologies d’imagerie comme le séquençage de nouvelle génération. On peut ainsi identifier les zones de résistance aux antimicrobiens et suivre leur propagation. De cette manière, nous contribuons concrètement à la protection de l’environnement.
Un autre aspect important concerne la biosécurité. Le Maroc a mis en place un système de directives en la matière, notamment pour l’application des mesures de biosécurité face au changement climatique. En effet, ce changement climatique entraîne de nombreuses répercussions environnementales, dont l’apparition de zoonoses. Heureusement, nous disposons aujourd’hui de l’intelligence artificielle, de la métagénomique et d’autres outils performants.
Et maintenant, même au niveau des Nations Unies, on adopte la Convention sur les armes biologiques, qui exige des articles traitant du changement climatique. On ne peut donc pas dire que le changement climatique ou la durabilité environnementale aient été négligés. Par ailleurs, un autre aspect important de ce modèle, mis en œuvre depuis un an, est que, même pendant la pandémie de COVID-19, un appel a été lancé à la collaboration et à la durabilité, y compris dans le domaine agricole.
Ainsi, cela contribue concrètement à la conservation de la biodiversité, car même la Convention sur la diversité biologique (CDB) évoque les OGM dans le cadre du Protocole de Carthagène. Il est dit que les OGM peuvent faire l’objet de transferts de gènes susceptibles d’être introduits dans l’environnement. Le fait que l’on consacre au moins un an au développement des OGM pour permettre leur adaptation, tout en veillant à éviter tout impact négatif sur l’environnement, témoigne de notre engagement en faveur de la protection de l’environnement.

Fig 1 - Cycle de transmission du paludisme (source : Wikipédia)

