L’APPROCHE ONE HEALTH EST-ELLE ANTHROPOCENTRÉE? – Partie 2

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II. ANTITHÈSE : ONE HEALTH EXCLUT L’ENVIRONNEMENT DE SON PÉRIMÈTRE

Le concept « Une seule santé », qui associe santé humaine, santé animale et santé environnementale, est-il le cadre adéquat pour parvenir à un développement durable ? C’est non. Mais ce n’est pas par désaccord avec le modèle lui-même.

Ce n’est pas que le modèle soit erroné, mais il a été conçu dans un but différent. L’appliquer au développement durable engendre des angles morts que la planète ne peut se permettre. Pour évaluer équitablement cette question, la valeur pertinente est l’intégrité écologique, c’est-à-dire la capacité d’un écosystème à demeurer sain, indépendamment des besoins humains.

Il s’agit de la valeur pertinente car la résolution l’interroge explicitement sur la durabilité environnementale et non sur le bien-être humain. Par conséquent, les critères que nous utiliserons aujourd’hui pour évaluer si un modèle atteint véritablement cette valeur sont ceux de la gestion biocentrique. En termes simples, il s’agit de gouverner le monde naturel en respectant la nature pour ce qu’elle est, et non seulement pour ce qu’elle nous apporte ou ce que nous en retirons, mais pour sa valeur intrinsèque. Puisque la résolution place l’environnement au centre, tout modèle qui considère la nature comme secondaire par rapport à la santé humaine ne peut logiquement prétendre atteindre la durabilité environnementale. C’est le cas, par exemple, de l’approche « Une seule santé ».

Certes, tout est lié : santé humaine, santé animale et santé environnementale sont indissociables. C’est une affirmation incontestable. Mais, l’approche « Une seule santé » affirme, à tort, qu’elle décloisonne les services de santé et ceux de l’environnement.

Ainsi, durant la pandémie de COVID-19, les principes de l’approche « Une seule santé » ont été largement cités ; pourtant les agences environnementales ont été les premières à subir des coupes budgétaires, les gouvernements ayant réorienté toutes leurs ressources vers la médecine humaine et les vaccins. L’Organisation mondiale de la Santé, la CEPI et les ministères nationaux de la Santé ont absorbé l’intégralité du budget. La surveillance environnementale a été réduite dans plus de 40 pays, selon le rapport 2021 du Programme des Nations Unies pour l’environnement.

La santé humaine avant l’environnement

Or, comme nous le constatons clairement, santé animale et environnement ne sont manifestement pas traités de façon égale dans ce contexte. En pratique, lorsqu’une crise survient, toute l’attention se porte sur la santé humaine, et la durabilité environnementale est reléguée au second plan.

L’’approche « Une seule santé » est anthropocentrique, un terme savant qui signifie simplement que toutes les décisions sont prises en fonction des besoins humains, reléguant ainsi l’environnement au second plan. À titre d’exemple, dans le cadre de cette approche, une forêt est considérée comme pertinente si elle abrite des agents pathogènes susceptibles d’être transmissibles à l’homme. Il s’agit là d’une logique de biosécurité.

Nous étudions et protégeons la nature avant tout pour nous protéger d’elle-même. Ce n’est donc pas pour sa valeur intrinsèque. Comme nous le constatons, cela soulève néanmoins des questions intéressantes.

On peut donc le vérifier en examinant le langage utilisé par les institutions prônant l’approche « Une seule santé », et plus précisément le Plan d’action conjoint officiel « Une seule santé » publié en 2022 par l’Organisation mondiale de la Santé, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et l’Organisation mondiale de la santé animale. Tous décrivent l’environnement comme un fournisseur de services écosystémiques, la nature, dans ce contexte précis, jouant un rôle indissociable de sa relation avec l’humanité. On la considère comme une réserve pour les humains.

Le deuxième point concerne l’angle mort abiotique. On constate que la plupart des menaces pesant sur la durabilité environnementale ne sont pas d’ordre biologique, mais principalement physique et chimique.

Les sciences de l’environnement étudient principalement les facteurs abiotiques, c’est-à-dire les composantes non vivantes des systèmes naturels. On peut citer le pH des océans, la composition des sols, le cycle du carbone et le cycle de l’eau. Ce sont ces systèmes qui rendent la vie possible sur Terre.

Par exemple, dans le cadre de l’approche « Une seule santé », on ne peut pas traiter la dégradation des sols causée par l’agriculture industrielle comme on traiterait une maladie infectieuse. Ce serait une limite majeure de ce modèle.

Enfin, dans tout cadre liant la protection de l’environnement à la santé humaine, le financement environnemental devient secondaire et dépend de la santé humaine..

Les urgences sanitaires humaines sont toujours prioritaires

Nous l’avons constaté une fois de plus lors de la pandémie. L’Indice mondial de sécurité sanitaire et les données de l’OCDE sur les dépenses environnementales de 2022 montrent tous deux qu’en cas d’urgence sanitaire, les gouvernements réaffectent systématiquement les budgets de conservation et de surveillance environnementale à la réponse médicale, reléguant ainsi l’environnement au second plan. Dès lors, comment peut-on affirmer que ce modèle privilégiera l’environnement et contribuera à la durabilité environnementale ? Car même si tel est le cas en théorie, dans la pratique, on constate clairement que d’autres priorités émergent et que l’environnement est relégué au second plan.

Bref, le concept « Une seule santé » est-il un modèle viable pour parvenir à un développement durable ? « Une seule santé » est un outil précieux pour gérer les liens entre les maladies humaines et animales. C’est incontestable.. Nous attachons également une grande importance à la collaboration entre ces deux piliers. Mais, cette approche n’a pas été conçue pour appréhender pleinement le développement durable et ne peut le faire de manière adéquate. Les données convergent vers une conclusion : l’approche « Une seule santé » est un outil utile parmi d’autres, mais elle ne constitue pas l’outil principal.

Elle soutient la santé humaine et animale, mais lorsqu’il s’agit d’environnement, elle ferme les yeux car il n’existe aucun projet « Une seule santé » qui s’attaque à la dégradation des écosystèmes. L’approche « One Heath » peut éventuellement intervenir si l’environnement est un réservoir pour une maladie donnée, car cela concerne les humains et même les animaux. Mais concernant l’environnement lui-même, tel n’est pas le cas. Mais ,par exemple, en Afrique, où les forêts tropicales disparaissent, on ne trouve aucun projet actif de l’approche « Une seule santé » dans ce domaine. De plus, il n’xiste aucun autre projet « Une seule santé » hormis ceux concernant les zoonoses, la résistance aux antimicrobiens et même l’agriculture.

Le concept « Une seule santé » a donc des limites. C’est une bonne théorie. Elle est précieuse, mais sa mise en œuvre pose problème et c’est pourquoi, en soi, elle ne constitue pas un modèle viable.

Il faut donc l’intégrer aux modèles existants pour obtenir un résultat concret et performant.
On peut se demander si l’approche « Une seule santé » est réellement un moyen viable d’atteindre la durabilité environnementale. Or, nous affirmons que non, car aucun projet concret ne s’attaque réellement aux problèmes environnementaux actuels. « Une seule santé » est une approche très centrée sur l’humain. Bien qu’elle soit interconnectée et interdisciplinaire, elle se concentre uniquement sur les questions de santé humaine et animale qui ont un lien direct avec la santé humaine.

One Health n’est pas viable pour sauver l’environnement

Par exemple, l’approche « Une seule santé » se concentre sur les zoonoses car elles peuvent être transmises à l’homme. Il s’agit donc d’une démarche très centrée sur l’humain. L’examen du PMCPR a révélé que le taux de mise en œuvre des actions de protection de l’environnement dans le cadre de l’initiative conjointe « Une seule santé » n’est que de 6,5 %. Cela signifie que pour chaque projet « Une seule santé », les plans de protection de l’environnement ne sont mis en œuvre que dans 6,5 % des cas, et non dans 65 %, ni dans 50 %, ni même dans moins de 10 %. C’est un constat alarmant au sein du triptyque « Une seule santé ». On y parle de la santé animale, de la santé humaine et bien sûr de l’environnement, mais en matière de mise en œuvre, ce dernier est négligé, avec moins de 10 % d’actions concrètes.

L’approche « Une seule santé » ne fait que mentionner l’environnement, sans jamais l’intégrer concrètement. C’est là un problème majeur qui démontre son incapacité à garantir la durabilité environnementale. Le plan d’action conjoint de « Une seule santé » décrit l’environnement comme un fournisseur de services écosystémiques. Or, si « Une seule santé » définit l’environnement comme tel, son rôle est bien plus complexe.

L’environnement, bien qu’il fournisse des services écosystémiques tels que le stockage du carbone et la pollinisation, remplit également d’autres fonctions qui ne sont pas liées à ces services. L’approche « Une seule santé » les ignore totalement car elles n’ont pas d’utilité directe pour l’humain, et ce sont précisément ces fonctions qui se dégradent. Les espèces disparaissent, les forêts tropicales humides se dégradent jour après jour, et aucun projet « Une seule santé » n’est actuellement en place pour y remédier, car cela ne fait pas partie des priorités. Le cadre des limites planétaire définit neuf limites du système terrestre quant à la durabilité environnementale. Le non-respect de ces limites pourrait anéantir l’humanité et même tout ce qui vit sur Terre, comme l’acidification des océans, la perturbation du cycle du carbone et la surcharge en azote, entre autres.

Concernant l’approche « Une seule santé », seuls deux des neuf aspects sont mentionnés, ce qui ne permet pas d’affirmer qu’elle soit véritablement durable sur le plan environnemental. Par conséquent, l’approche « Une seule santé » ne constitue pas un modèle viable. Certes, c’est un bon modèle pour la santé humaine et animale, ainsi que pour certains aspects de la santé environnementale, mais globalement, elle ne suffit pas à garantir une durabilité environnementale optimale.

Citons un passage du document de définition de « Une seule santé » rédigé par le groupe de travail de haut niveau sur l’approche « Une seule santé ». Il y est déclaré, et je cite : « Il existe d’importantes capacités politiques, juridiques, éthiques et financières qui expliquent la complexité du développement et de la mise en œuvre d’une approche unifiée de “Une seule santé”. »

Le document affirme qu’il est très difficile de mettre en œuvre l’approche unifiée « Une seule santé », et il reconnait l’existence de nombreux obstacles et problèmes qui empêchent son application intégrale. Par conséquent, pour garantir une prise en compte complète et une intégration des trois dimensions – environnementale, humaine et animale –, l’approche « Une seule santé » doit être combinée à d’autres systèmes et cadres existants. Il nous faut un plan alternatif.

Par exemple, l’Accord de Paris, le Cadre de Montréal et d’autres ministères de l’Environnement coopèrent étroitement pour intégrer les enjeux environnementaux. L’approche « Une seule santé » doit collaborer avec eux afin de définir des solutions pour un environnement durable. l’approche « Une seule santé » est-elle réellement un modèle viable ? Ce n’est pas un modèle viable en matière de durabilité environnementale.

Certes, c’est un bon modèle pour la santé humaine et animale, ainsi que pour certains aspects de la santé environnementale, mais globalement, elle ne suffit pas à garantir une durabilité environnementale optimale.

Citons un passage du document de définition de « Une seule santé » rédigé par le groupe de travail de haut niveau sur l’approche « Une seule santé ». Il y est déclaré: « Il existe d’importantes capacités politiques, juridiques, éthiques et financières qui expliquent la complexité du développement et de la mise en œuvre d’une approche unifiée de “Une seule santé”. »

Le document affirme qu’il est très difficile de mettre en œuvre l’approche unifiée « Une seule santé », et il reconnait l’existence de nombreux obstacles et problèmes qui empêchent son application intégrale. Par conséquent, pour garantir une prise en compte complète et une intégration des trois dimensions – environnementale, humaine et animale –, l’approche « Une seule santé » doit être combinée à d’autres systèmes et cadres existants. Telle est la voie d’un plan alternatif.

Par exemple, l’Accord de Paris, le Cadre de Montréal et même d’autres ministères de l’Environnement coopèrent étroitement pour intégrer les enjeux environnementaux. L’approche « Une seule santé » doit être intégrée dans leurs travaux avec afin de définir des solutions pour un environnement durable. Répétons-le : One Health n’est pas un modèle viable en matière de durabilité environnementale.

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