GUERRE AU MOYEN-ORIENT : LE SPECTRE D’UN CHOC ALIMENTAIRE MONDIAL

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Un tiers du commerce mondial de toutes les catégories de fertilisants transite par le détroit d’Hormuz alors que le gaz de cette région est vital pour la production des intrants agricoles. Les attaques américaine et israélienne contre l’Iran et la réplique militaire de l’Iran ont désorganisé le marché mondial des fertilisants provoquant une ruée des agriculteurs du monde entier vers les sources d’approvisionnement alors que les cours de ces intrants étaient déjà très hauts.

Si la guerre devait continuer, cette ruée provoquerait une inflation durable des prix alimentaires préjudiciable pour les consommateurs et particulièrement ceux des pays pauvres. La peur d’une pénurie de fertilisants a plongé les fermiers du monde entier dans une grande anxiété. La guerre au Moyen-Orient expose le monde à un vrai choc alimentaire, bien pire que celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Le Moyen-Orient est le pivot mondial de la chaîne de valeur de la production des fertilisants. Un tiers du commerce de l’urée transite par le détroit d’Ormuz. Près de 45% des exportations mondiales de soufre – un produit indispensable pour la fabrication d’engrais phosphatés – passe aussi par le détroit.

La guerre a sévèrement touché les   producteurs moyen-orientaux d’azote uréique, le fertilisant le plus utilisé dans le monde tandis que le renchérissement du gaz a contraint les producteurs d’Asie méridionale à réduire leur production. Depuis le début de la guerre, la moitié de la production mondiale d’urée est désorganisée. On estime que 1,1 million de tonnes de fertilisants, dont 570 000 tonnes d’urée sont bloquées dans le Golfe persique.

Les engrais azotés – ils contribuent à la moitié de la production agricole mondiale – sont faits à partir d’ammoniaque, grand consommateur de gaz naturel dont le cours a explosé.

La réaction du marché des fertilisants a été immédiate et brutale. Le cours américain de l’urée – abondamment utilisée dans la culture du maïs – a bondi de $ 100 la tonne américaine (soit 900 kilogrammes)  à $ 570 , surpassant le record d’octobre 2022. En Égypte, le cours de l’urée granulaire a augmenté de 20% à $ 585. On estime que les cours des nutriments a aussi beaucoup augmenté en Russie, un des principaux producteurs mondiaux de fertilisants.

Il est beaucoup de cas où les intrants ont été retirés du marché alors que des acheteurs sont attentistes, évitant de procéder à des achats. Tout se passe si les acteurs faisaient une pause, le temps d’évaluer les conséquences de la guerre et les futures disponibilités des fertilisants.

Les producteurs indiens d’urée ont commencé à réduire leur production après que le Qatar eût cessé de l’approvisionner en gaz naturel liquéfié suite à une attaque contre ses installations. Les entreprises indiennes de fertilisants sont obligés de réduire leur consommation de gaz de 70%. Au Pakistan, le producteur Agritech a annocé ne plus recevoir de gaz. Les pénuries de gaz vont aboutir à des baisses de production de produits tel que le riz. La société d’engrais qatarie QAFCO a mis à l’arrêt son usine d’urée d’une capacité de production annuelle de 5,6 millions de tonnes.

L’Asie méridionale est particulièrement fragile. Des pays comme l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh importent d’énormes quantités de GNL pour leur production de fertilisants. Le Pakistan dépend entièrement de ses importations de gaz du Qatar. Ce dernier pays satisfait 40% des importations de gaz de l’Inde et les deux tiers de celles du Bangladesh. Les 32 usines de fabrication de gaz de l’Inde fonctionnent au gaz.

L’ Europe où l’industrie des fertilisants était déjà handicapée par la hausse des coûts et la baisse de production due à la concurrence russe, la hausse vertigineuse du cours de gaz aggravera sévèrement la situation. En Pologne la société nationale de production de fertilisants, Grupa Azoty SA – une des plus importantes du continent – a arrêté de prendre des commandes pour ses produits invoquant la hausse du cours de gaz qui a gonflé ses coûts de production.

La peur d’une pénurie pousse certains fermiers à réduire les surfaces consacrées aux cultures gourmandes en fertilisants au profit de cultures moins consommatrices d’intrants. Mais les petits fermiers, eux, n’ont pas les moyens de constituer des stocks de fertilisants ou de changer leur mix de production. C’est le cas des producteurs d’huile de palme qui sont, à 40% des petits fermiers. Ces derniers risquent de moins fertiliser – ou de ne pas les fertiliser du tout – leurs champs faisant chuter les rendements de la culture d’huile de palme. Le cours de l’urée a déjà fait un bond de 40%.

Pour l’instant les réserves de céréales sont suffisantes pour éviter, à court terme, aux consommateurs une hausse significative du prix du pain et de la viande. Mais si la guerre devait durer, elle perturberait les cycles de production et les consommateurs du monde entier en paieraient le prix. L’inflation des prix alimentaires commencera bien avant que la pénurie de fertilisants n’affecte le volume des récoltes. Le regain de famine n’est pas loin.

Quant aux pays du Sud, ce n’est pas d’une banale hausse des prix qu’ils pâtiraient mais de véritables crises alimentaires.

 

Sources : Bloomberg, Wall Street Journal et Financial Times

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