Pire que le choc pétrolier, il y a le choc alimentaire. Ce dernier nous guette et fera probablement sentir ses effets dans quelques semaines. Que des tonnes de pétrole et de diverses marchandises soient bloquées au fond du détroit d’Ormuz est certes préoccupant. Mais il y a pire : le blocage des fertilisants. En effet, contrairement au pétrole pour lequel des réserves stratégiques existent, le flux des fertilisants est plus rigide et fonctionne en flux tendus.
Le détroit d’Ormuz est le point de passage d’environ 30 à 35% du commerce mondial par voie maritime. En ce mois de mars, 16 millions de tonnes d’engrais y sont immobilisées. La région concentre 43 à 49% des exportations mondiales d’urée. Le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Iran en sont les leaders. Par ailleurs, le détroit voit passer 44% du soufre mondial ( sous-produit du gaz et du souffre) et 30% de l’ammoniac. Le souffre est indispensable à la production d’acide sulfurique nécessaire pour transformer le phosphate brut en engrais utilisables.
En moins d’un mois, la paralysie du trafic a fait flamber les cours. Le prix d de l’urée a bondi de 30 à 50% selon les régions, dépassant $680 la tonne sur certains marchés spot. Les engrais phosphatés (DAP/MAP), bien que moins produits dans le Golfe, leur prix a augmenté mécaniquement de 15 à 20% à cause de la pénurie de souffre nécessaire à la fabrication des engrais phosphatés.
Impact sur la sécurité alimentaire mondiale
La FAO qualifie cet impact de « systémique » car il survient durant la fenêtre critique des semis dans l’hémisphère Nord (mars-avril). Le blé d’hiver d’Amérique et d’Europe attend sa dernière application dans trois semaines. La moitié de la population mondiale dépend pour son alimentation des engrais synthétiques. Les engrais azotés sont responsables de la moitié de la production alimentaire mondiale. Une réduction de leur utilisation entraîne une chute non linéaire mais immédiate des récoltes de blé, de maïs et de riz.
Les fermiers américains sont particulièrement sous pression. Déjà victimes de l’accroissement des coûts de production et de prix de vente bas, ils ont vu le nombre de faillites augmenter de 50% en 2025. Les secours humanitaires en pâtissent car les États-Unis sont les plus gros donateurs.
Les agriculteurs subissent un double choc. Ils font face à une exposition simultanée des carburants et des engrais, ce qui dégrade violemment leur rentabilité.
Les régions vulnérables
L’Afrique subsaharienne est très dépendante des importations du Moyen-Orient, jusqu’à 50% pour des pays comme la Tanzanie ou le Soudan. En Asie du sud, des pays comme l’Inde et le Pakistan subissent des pénuries qui menacent leur sécurité alimentaire. En Europe et en Amérique, l’impact prend la forme d’une inflation alimentaire marquée, l’augmentation des coûts des engrais étant répercuté directement sur le prix du pain ou de la viande et des produits transformés.
D’après le PAM (Programme alimentaire mondial), si la crise actuelle devait durer jusqu’n juin, aux 318 millions de personnes souffrant actuellement de malnutrition devraient s’ajouter 45 millions de nouveaux malnutris.

